SOS FANTÔME DÉPRIMÉ

sos

C’était la nuit d’Halloween. 

chauve souris

En se couchant, Antoine revoyait mentalement la soirée qu’il venait de passer. Elle avait été plutôt bonne :

Il avait récolté presque 2 kilos de bonbons et gâteaux en sonnant aux portes de son quartier. D’après ses calculs, en étant raisonnable, son stock devrait lui fournir des bonbons au moins jusqu’en mars !

bonbon

Son déguisement de fantôme ensanglanté lui avait permis de faire hurler quelques filles de son école qu’il avait croisées dans les rues.

antoine déguisé

Et enfin, et surtout, il avait osé faire 2 pas dans le manoir soi-disant hanté du fond de l’impasse derrière chez lui, et devant tous ses copains. En quelques secondes et en 2 petits pas, il était devenu un véritable héros dans son quartier ! 

super-antoine

Oui, vraiment, ça avait été une excellente soirée. Antoine tira à lui la couette, brrrr… il faisait un peu froid ce soir. Un sourire aux lèvres, il s’assoupissait déjà quand soudain, des craquements venant du couloir le firent sursauter. 

crac

En une fraction de seconde, il fut tout à fait réveillé, et son coeur battant à toute vitesse semblait vouloir sortir de sa poitrine. 

coeur

“Emilie, arrête , c’est pas drôle” cria-t-il du fond de sa couette. Sa soeur Emilie avait en effet une fâcheuse tendance à lui faire des blagues. Mais pas ce soir a priori car Emilie ne répondit pas. Les craquements s’arrêtèrent devant la porte de la chambre d’Antoine. Puis plus rien. 

Antoine osait à peine respirer.

Un grattement, puis un autre.

gratte

C’en était trop, Antoine se leva d’un bond, d’un autre bond il était à sa porte, l’ouvrit d’un geste vif… et se trouva nez à moustache avec Zouplette, la petite chatte de la maison, qui réclamait un bon lit bien douillet pour la nuit !

chat

“ Toi alors ! ” dit Antoine en retournant vers son lit “on peut dire que tu m’as fait une sacrée troui…”.

Son dernier mot resta suspendu en l’air, comme le fantôme devant lui qui le fixait intensément. Pâleur translucide, yeux vitreux, habits déchirés d’un autre temps, joues creuses, doigts longs et maigres…

fantome

Ce fantôme correspondait bien à l’idée qu’Antoine se faisait d’un fantôme. Il peut même dire qu’il aurait été désappointé de voir en face de lui un petit fantôme jovial, au ventre rebondi, habillé d’un costume disco blanc à paillettes argentées !

fantome - DISCO

Le fantôme ouvrit la bouche, Antoine sentit les poils de ses joues se dresser, il allait lui parler, mais qu’allait-il dire ???

bouh!”

bouh

Et ce fut tout. C ‘était un “bouh” sans grande conviction, un “bouh” d’opérette, si peu effrayant qu’Antoine en fut presque déçu et ne sursauta même pas.

“Et voilà !” fit le fantôme ”Encore un qui ne croit pas aux fantômes. J’ai pourtant cru que tu y croyais, quand je t’ai vu ce soir faire 2 pas chez moi, et finalement t’enfuir en courant. Quelle misère, quelle tristesse !

snif

Avant, au temps de ma splendeur, ma seule apparition suffisait à faire évanouir les demoiselles, à faire tourner le lait des vaches, à faire trembler comme des feuilles les plus braves des chevaliers. 

mamelle

Aujourd’hui ces belles frayeurs, ces hurlements de peur, pfffuit… terminés, effacés, oubliés. Plus personne ne croit aux fantômes ; les enfants en voient de pire dans leurs jeux vidéo, les femmes sont fortes comme 10 hommes et me chassent d’un coup d’aspirateur…

10 hommes

Et les hommes ont tellement le nez collé sur leurs téléphones ou leurs ordinateurs qu’ils ne me voient même pas ! Il ne me reste guère que les animaux à effrayer. [ça, Zouplette pouvait en témoigner, car il y a belle lurette qu’elle s’était réfugiée sous la boîte qui est sous la valise qui est sous le lit d’Antoine !]. Je suis un inutile, un raté, un “has been” comme vous dites maintenant”. Et le fantôme se mit à pleurer sans retenue sur son triste sort. 

snif - bis

“Eh ben, c’est bien ma veine “, pensa Antoine, “pour une fois que je rencontre un fantôme, il est complètement déprimé !”.

boite à smiley
Antoine frissona, mais de froid plus que d’effroi, la température de sa chambre ayant brutalement chuté à l’apparition du fantôme. 

seau à glace

Jamais, dans aucun des dizaines de livres sur Halloween, les fantômes, les monstres et les sorcières, il n’avait lu de chapitre sur “Comment consoler un fantôme en 10 leçons ?” Aucun manuel n’existait sur le sujet. Antoine essaya alors de rassurer le fantôme par la flatterie :

“Votre “bouh” Monsieur, c’est quelque chose, vous savez ! J’ai eu un peu peur quand même”

livre JDLF

Ca ne fit que contrarier davantage le fantôme qui n’était pas dupe et pleura un peu plus fort dans son coin.

Antoine essaya alors la fermeté : “ Vous n’avez pas honte, à votre âge, de pleurer comme ça ? Secouez-vous !” Pas de réaction.

la bible

Il tenta alors la motivation : “Allez, je suis certain que vous pouvez faire mieux que ce petit “bouh” là. Je vous écoute pour un méga “bouh” qui fait super peur !” Pas plus de succès. 

the best

A court d’idée, Antoine s’assit sur son lit et repensa aux paroles du fantôme. “Un raté, un inutile”… Un inutile ? La voilà , l’idée ! Il fallait qu’Antoine redonne confiance à ce fantôme, fasse de lui un fantôme utile. Mais utile à qui ? Épuisé, Antoine s’écroula de sommeil avant d’avoir trouvé la réponse, le fantôme toujours hoquetant de chagrin au plafond de sa chambre. 

chagrin

Le lendemain matin, en se réveillant, Antoine se demanda s’il avait rêvé. Mais comme il faisait toujours froid dans sa chambre, il en conclut que le fantôme déprimé était toujours là :

« Tu es encore là, n’est ce pas? “ demanda-t-il.

“Sniff…boui”, répondit le fantôme, détrempé d’avoir tant pleuré.

chagrin - bis

”Si tu ne me vois pas, c’est parce qu’il fait jour, mais comme le froid m’accompagne toujours, tu sais que je suis là. Au fait, je m’appelle Archibald de Montmorency de la Haute Tour, enchanté”.

sceau

“Moi c’est Antoine, et toi ce sera Arch’, c’est plus simple”.

Ecoute moi, Arch’ , la nuit m’a porté conseil, et j’ai peut être une idée pour arrêter que tu sois si déprimé.

Tu te sens inutile ? Désormais, crois moi, tu ne le seras plus ! Moi, j’ai besoin de toi, et je vais t’expliquer pourquoi.

secret

Arch, intrigué et intéressé, s’approcha d’Antoine, brrrr… qui remit un deuxième pull de laine sur lui, un bonnet et des gants. 

bonnet

“Si toi, tu fais peur aux animaux, moi au contraire, certains me font peur. En particulier, ces 3 molosses de chiens qui hurlent sur moi tous les matins et tous les soirs sur le chemin de l’école. Dès qu’ils me voient, ils se déchaînent, babines retroussées, aboyant à tout rompre. Moi je suis terrorisé, mais je n’ai pas le choix, c’est le chemin de l’école. Mais si toi, tu étais près de moi à ce moment-là, alors je suis certain que les chiens deviendraient  doux comme des agneaux, et moi j’irai à l’école le coeur léger ! 

3 moutons

« Tu saisis à présent comme tu me serais utile ?”

Arch commençait à comprendre où Antoine voulait en venir. Il serait une sorte d’ange-fantôme gardien ! Mais il continuerait quand même à utiliser son grand pouvoir d’effroi au moins sur les animaux, ce qui n’était pas pour lui déplaire. 

ange-gardien

“Humm, je vois“ dit Arch, “Et des petits tracas comme ceux là, tu en as d’autres, Antoine ?”

“Et bien oui, il y a aussi le chat du proviseur, Raminagrobide, une vraie teigne de chat. Il campe tous les matins sur le seuil de l’école et si par malheur quelqu’un arrive ne serait-ce qu’une minute en retard, il se met à miauler, miauler comme si on lui arrachait tous les poils. Alors le proviseur sort de son bureau, et paf, on se fait pincer, et hop un mot dans le cahier. Celui-là, ce serait bien aussi que tu lui cloues le bec, enfin le museau !” .

salut

“Parfait, parfait” dit Arch’, “autre chose ?”

“Si tu me le demandes » dit Antoine  » il y a aussi Gaston, il se prend pour le chef de la classe, il embête tout le monde, il nous pique nos jeux à la récré, il met des araignées mortes dans nos assiettes pendant qu’on ne regarde pas, il joue au foot avec nos cartables, tu vois… pleins de petites choses pas très agréables… ”. 

araignées

“Je m’en occupe de ton Gaston, fais moi confiance !” dit Arch, tout content à l’idée de jouer un mauvais tour à quelqu’un ! « Et ta soeur Emilie, tu veux que je m’en occupe aussi ? Je pourrai lui teindre les cheveux en violet pendant son sommeil ou bien tartiner son pain avec de la compote de limace que cuisine ma copine Cornebidouille la sorcière ? Hein qu’en penses-tu ?” 

LIMACES

“Ah non non, s’il te plaît, elle me fait des blagues et parfois j’ai bien envie de la saucissonner dans son lit, mais c’est ma petite soeur, je l’aime comme elle est ! ”

Surpris, Arch laissa tomber l’idée de la compote de limaces pour Emilie, certain qu’ il trouverait bien un moment pour en mettre dans la boite déjeuner de ce fameux Gaston !

A partir de ce matin là, la vie d’Antoine changea sensiblement.

Le matin comme le soir, les 3 molosses de chiens s’aplatissaient comme des crêpes derrière leur portail quand Antoine passait devant eux.

CRÈPES

Le chat Raminagrosbide se figeait comme une statue dès que sonnait l’heure d’entrée dans l’école, et plus jamais quelqu’un n’eut de mot dans son cahier pour une minute de retard. 

chat citrouille

Gaston perdit beaucoup de son autorité à l’école le jour où il recracha son repas devant tout le monde à la cantine en hurlant qu’il avait goût de limace pourrie. Il fit aussi rire tout le monde quand, en pleine récré, alors qu’il allait une fois de plus s’accaparer le ballon, il perdit son pantalon au milieu de la cour, sa ceinture ayant subitement et mystérieusement disparue ! 

BRETLLE

Arch s’amusait comme un petit fou, il prenait ses missions très à coeur, et il était d’une efficacité redoutable… ”Un peu trop même !” se dit un jour Antoine… quand subitement, il trébucha sur un caillou invisible, pour s’effondrer dans les bras de Laura, ah Laura qui le faisait rougir à chaque fois qu’il la regardait ! Sacré Arch’ ! Ce coup-là fut l’un de ses préférés, probablement ! 

tronc

Mais dans l’ensemble, Antoine était plutôt heureux d’avoir un ange-fantôme gardien, même si certaines nuits, quand Arch venait lui rendre visite, il devait dormir avec 2 couettes et un bonnet. Sa maman ne comprenait d’ailleurs toujours pourquoi certains matins, frigorifié, il prenait son petit déjeuner avec des moufles !

En revanche, en été, quand la chaleur était étouffante le soir dans la maison et que tout le monde se plaignait de ne pouvoir dormir, Antoine était le seul à ronfler comme un bienheureux dans sa chambre. Il faut bien que tout ce froid qui entourait Arch serve à quelqu’un !

Brrr, tu n’as pas senti un petit courant d’air glacé à l’instant ?

courant d'air

The end

 

Et en « guest-stars », nous avons le plaisir de vous présenter les héros de ce conte, les vrais « Antoine » et « Emilie » ainsi que le « vrai » fantôme dessinée par émilie ! BOUH !!!!

fantome de mimi

toine 4

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L’opossum à lunettes

La vie d’un opossum n’est pas drôle.

Une vie en noir et gris, sans couleurs, sans odeurs, sans fantaisie.

Une vie dans la nuit pour protéger leurs grands yeux fragiles, car le moindre rai de lumière les aveugle et les paralyse.

Alors ils ne sortent que la nuit, là au moins pas d’éblouissement possible… enfin presque.

Car il y a sur le Grand Chemin Noir les monstres en fer au regard aveuglant, à l’odeur nauséabonde.

Ils arrivent à toute allure, et une chance qu’ils soient aussi très bruyants, ça donne le temps aux opossums de fuir.

C’est près de cet endroit dangereux, à l’orée de la forêt des Fougères Géantes que vivaient Possi l’opossum et sa tribu.

1000 fois la maman de Possi lui avait interdit d’aller sur le Grand Chemin Noir, mais cette nuit-là, Possi était bien décidé à braver l’interdiction pour satisfaire sa gourmandise : il avait repéré de l’autre côté du Grand Chemin Noir un arbre couvert de kakis bien mûrs, son plat favori.

Si Possi avait su alors que quelques kakis allaient changer sa vie pour toujours…

Alors qu’il traversait le Grand Chemin Noir, le monstre surgit. Tout à son futur festin, Possi ne l’entendit pas arriver.

Le regard de feu du monstre aveugla Possi, mais dans un réflexe, il se jeta sur le bord de la route ; le monstre, quant à lui, fit un écart pour éviter Possi.

Se faisant, le monstre perdit quelque chose qu’il avait sur son dos, une sorte de gros cube marron.

Mais il ne sembla pas y prêter attention et continua sa route en grognant.

Possi et le gros cube dévalèrent le ravin en un beau roulé-boulé pour atterrir en bas (plaf !) dans une flaque de vase.

Le gros cube s’écrasa à côté de Possi, qui n’eut que le temps de sentir quelque chose lui tomber sur le museau avant de s’évanouir.

Quand Possi se réveilla, il était tout endolori par sa chute et son petit museau lui semblait peser une tonne. Les oiseaux chantaient autour de lui et il sentait le soleil lui chauffer le poil… le…. quoi ??? Le soleil ??

Mais quelle heure était-il donc ?? Comme ses parents devaient être inquiets !

Alors dans un immense effort, il entrouvrit un œil et là, surprise, pas d’éblouissement !

Il ouvrit l’œil plus grand encore, toujours rien.

Ce que Possi ne savait pas, c’est que le monstre en fer n’était autre qu’un camion de livraison, et le cube, un carton empli de lunettes de soleil. La chose qui avait atterri sur son museau n’était donc qu’une paire de lunettes de soleil, des Ran-Bay pour être précis, les meilleures protections que l’homme avait inventées pour protéger ses yeux du soleil !

Possi sentit les lunettes sur son museau et les ajusta correctement devant ses yeux : ça alors ! Ces petites plaquettes noires lui permettaient de voir même le jour et même en plein soleil.

Possi regarda près de lui et vit toutes les autres plaquettes noires éparpillées au sol, des dizaines et des dizaines, de quoi fournir toute sa tribu ! Quelle vie s’offrait à eux avec ces plaquettes magiques !

Tout à fait remis de ses émotions et excité par sa découverte, Possi rentra très vite chez lui. Ses parents, ses amis, inquiets, l’attendaient dans le terrier principal et l’accueillirent à grands cris quand il entra, ses lunettes sur le museau. Assailli de questions, Possi expliqua tout : les kakis, le monstre de fer, sa chute, les plaquettes magiques.

Son plan était simple : la nuit suivante, ils iraient tous à la flaque là où étaient les plaquettes et tous se les mettraient sur le museau. Et alors, ils verraient ce qu’ils verraient, foi de Possi !

En un clin d’œil, on mit au point les détails et tout fût prêt le soir même pour l’expédition. Comme Possi pouvait traverser sans crainte grâce aux lunettes, il fit prudemment traverser le Grand Chemin Noir aux opossums. Puis, arrivé à la flaque, chacun prit une paire de Ran Bay et rentra vite se coucher : demain serait une grande journée pour les opossums de la tribu.

Aux premiers rayons du soleil le lendemain, les opossums mirent sur leurs museaux leurs plaquettes magiques comme Possi leur indiquait…

Des cris de joie et de surprises s’élevèrent, ils dansaient, ils s’embrassaient de bonheur, une nouvelle vie dans la lumière commençait aujourd’hui.

Quel feu d’artifice de couleurs pour leurs yeux habitués au gris !

Que l’herbe était verte !

Que les feuilles plus tendres quand elles luisaient au soleil !

Même les kakis leur semblaient plus exquis encore maintenant qu’ils les voyaient de leur bel orangé !

Le moindre papillon, la plus petite coccinelle leur apparaissait comme la merveille des merveilles.

Et les parfums des fleurs à leur réveil la nuit, elles l’emprisonnent dans leurs pétales, mais le jour… Quel enchantement pour leurs petites narines !

Tout était sujet à émerveillement et ils découvraient, heureux, les beautés que le noir de la nuit leur avaient jusqu’à lors masquées.

Puis, grâce à leurs lunettes, ils s’engaillardirent davantage et explorèrent les territoires plus éloignés de leur tribu, arrivant dans les territoires des hommes.

Contre toute attente, les opossums à lunettes adorèrent ce qu’ils découvrirent là-bas.

Qui passaient leurs journées sur les balançoires et les toboggans du parc ? Les opossums à lunettes !

Qui se prélassaient sur les pontons du port, le poil roussi par tant de soleil ? Les opossums à lunettes !

Qui sautaient sur les barques du lac au milieu des cygnes ? Les opossums à lunettes !

Qui chipaient les bonbons du marchand quand il avait le dos tourné ? Les opossums à lunettes, partout , encore et encore eux , les opossums à lunettes !

Or, un soir qu’il se promenait près de la mairie du village, Possi entendit des hommes en colère parler entre eux.

Il les écouta en se faisant très discret.

« Ils font peur aux mouettes et aux pélicans à se prélasser toute la journée sur les pontons »

« Les enfants ne peuvent plus faire de balançoire ou de toboggan, ils y sont du matin au soir »

« Les cygnes du lac sont partis, effrayés par leurs cris sur les barques ! »

« Mon stock de bonbons disparait bizarrement quand ils sont autour de mon étal ! »

Possi comprit alors que les hommes en colère parlaient d’eux, les opossums à lunettes.

« Chassons-les ! »

« Exterminons-les ! »

« Il faut s’en débarrasser au plus vite ! »

Sans en écouter davantage, Possi s’enfuit chercher son ami Kakapo, le perroquet de la nuit.

Kakapo saurait le conseiller, car il était connu pour son savoir sur les hommes.

Kakapo écouta gravement Possi lui rapportant les propos que les hommes avaient tenus, puis il dit à Possi : « Fuyez, ta tribu et toi. MAINTENANT ! Les hommes en colère sont redoutables. Va chercher tes parents, tes amis et retrouvez-moi à la Plage de Sable Noir ce soir à minuit. »

Aussitôt, Possi courut à la tribu et rassembla tous les opossums pour leur expliquer le danger qui les menaçait et leur départ imminent.

Ce fut une belle pagaille, les uns courant ici, les autres par là, ceux là perdant leurs lunettes dans la cohue !

La crainte des hommes était grande parmi les opossums et le message était clair : ils étaient devenus indésirables dans les environs.

A minuit, à la clarté de la pleine lune, une agitation extraordinaire régnait sur la Plage de Sable Noir : des dizaines d’opossums, inquiets et agglutinés les uns aux autres, attendaient sur le sable.

Lorsqu’arriva Kakapo, les voyant tous réunis, il poussa un cri strident qui fit hérisser le poil de tous les opossums présents.

Soudain, la mer elle aussi se hérissa, un clapot sonore s’éleva dans la nuit, des vagues se formèrent.

Fendant les flots à toute vitesse, des dizaines de dauphins s’alignèrent devant les opossums.

Alors Kakapo parla : « Votre salut, mes amis, est dans l’Ile de la Lune. L’île vogue au gré des marées et des océans, et n’apparait que les soirs de pleine lune. Sur elle, vous serez en sécurité ; les hommes en colère ne pourront plus rien contre vous. Les dauphins vont vous y emmener, montez sur leur dos et pressez vous, l’île commence à apparaître ! »

En effet, déchirant le voile de brume du bord de la plage, des fougères géantes, des kakis couverts de fruits, des plages de sable fin apparurent aux yeux des opossums.

Sans plus attendre, ils enfourchèrent les dauphins et une chevauchée incroyable commença à travers les vagues vers l’île magique.

Une fois Possi arrivé sur l’île, il n’eut que le temps de saluer son ami Kakapo avant que l’île ne s’efface à nouveau dans la nuit brumeuse.

Le lendemain matin, quand les hommes en colère arrivèrent là où habituellement vivait la tribu d’opossums, ils ne trouvèrent que des terriers vides, et bizarrement, deux paires de lunettes de soleil.

Leur colère disparut et tout redevint comme avant.

Quant à Possi et sa tribu, ils voguent depuis, heureux sur l’île de la Lune, sans soucis, sans craintes, mais toujours lunettes au museau, car ils n’avaient pu se résoudre à abandonner les beautés que les lunettes leur avaient révélées.

Les soirs de pleine lune, ils peuvent apparaître soit dans une crique d’Asie, soit dans une baie de Bretagne, ou même dans le port d’une métropole américaine.

L’on dit même que seuls ceux qui ont gardé leurs yeux d’enfant peuvent espérer les apercevoir sur leur île, sous l’œil bienveillant de la lune ronde.

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La Grande Nuit de l’âne !

Vous connaissez toutes et tous les rennes du Père Noël ? Mais saviez-vous qu’il avait aussi un âne ? Un bon petit âne gris, aux grandes oreilles poilues, aux grands yeux tendres, prénommé Pikkoyoul.

Pikkoyoul a un travail très important : il est le responsable en chef du transport de matériel de l’entreprise PÈRE NOËL & LUTINS associés. Autrement dit, c’est lui qui porte sur son dos tout ce qui est nécessaire à la fabrication des jouets. Pas le moindre clou, ni la moindre bobine de fil qui ne passe dans ses sacs.

Toute l’année, infatigable, qu’il neige ou que le soleil brille, Pikkoyoul est fidèle à son poste. C’est qu’il en va de la fabrication de millions de cadeaux ! Lui travaille dur, au moins, pense t-il…

Ce n’est pas comme ces rennes arrogants, de vrais princes ; toute l’année, ils se reposent, ils paissent tranquillement au bord du lac.

Et puis, un mois avant la Grande Nuit de Noël, ils s’activent enfin : remise en forme, courses quotidiennes de traîneaux massages, menus adaptés, un vrai entraînement de grands sportifs !

« Tout cela pour quoi ? Avoir le privilège d’être de l’attelage du fameux traîneau, empli de tous les cadeaux qui ne seraient sûrement pas là sans moi ! » Voilà, en résumé, les douces pensées que rumine Pikkoyoul tous les ans à l’approche de Noël.

Allez, Pikkoyoul, avoue-le, tu es bien envieux de ces rennes et de cette nuit qu’ils partagent avec le Père Noël.

C’est bien vrai, Pikkoyoul rêve de vivre aussi la Grande Nuit de là-haut, par-delà les étoiles et les collines qui entourent leur chalet.

Lui aussi voudrait savoir à quel petit garçon ira ce joli train rouge, à quelle petite fille cette poupée aux cheveux longs, à quel bébé ce hochet en bois (qui lui a valu 3 aller-retour avec l’usine de la forêt !). Et qui jouera avec cette belle crosse de hockey, sur quel lac gelé, dans quel pays lointain ? Année après année, il les regarde s’éloigner en soupirant.

Mais aujourd’hui, un événement incroyable pourrait bien changer sa vie : l’un des rennes a un rhume carabiné. Ça toussotte, ça crachote, ça grelotte et ça « reniflotte ». On le soigne, on le réchauffe mais rien n’y fait : le renne sera bel et bien cloué au lit pour la Grande Nuit.

Un simple rhume et voilà le Père Noël bien embarrassé ! Avec cette montagne de cadeaux à distribuer, il a besoin de tous ses rennes au meilleur de leur forme !

Réunion d’urgence dans le chalet avec les lutins et les rennes.

Les lutins ne manquent pas d’idées, mais hélas, pas toujours excellentes :

«  On pourrait ôter quelques cadeaux ? » suggère l’un.

« Vous n’y pensez pas sérieusement ? » tonne le Père Noël.

« Alors, supprimons quelques villes de la tournée du traîneau ! » avance cet autre.

« Mais qui donc m’a affublé de ces lutins pas malins ? » soupire t-il.

Soudain, une voix s’élève dans le chalet.

« Et moi, alors ? N’est-ce pas moi le responsable en chef des transports de matériel, ici ? »

Surpris, tous se tournent vers Pikkoyoul.

« Bien sûr, pardonne moi »  dit le Père Noël « mais sans vouloir t’offenser, auras-tu suffisamment de forces ? La nuit sera longue et froide, et le traîneau très lourd. »

« Mon bon Père Noël, je me fais vieux, c’est certain, mais je te suis dévoué et tu peux compter sur moi, j’y mettrai mes dernières forces. » lui dit l’âne, obstiné.

Sans attendre la réponse, le renne enrhumé s’approche de Pikkoyoul et lui tend le beau harnais à clochettes, celui qu’il arbore pour la Grande Nuit.

« Diens, il est pour doi, d’oublie pas de bien suivre le renne de dêde et surdout, abuse-doi bien ! » (je te l’avais bien dit, un rhume carabiné !)

Très ému, Pikkoyoul enfile le harnais avec mille précautions, comme s’il était fait de cristal. Il a fière allure et même les poils de ses grandes oreilles en frémissent de bonheur.

Tout aussi ému, le Père Noël attelle ses rennes et son âne, puis prend son sac de poudre magique. D’un seul lancer ample, il couvre son attelage d’un nuage de poudre étincelante en disant :

« Par cette Grande Nuit,

Rennes et Ane, envolez-vous

Faire le bonheur des grands comme des petits. »

Le traîneau s’ébranle, l’attelage décolle et Pikkoyoul s’élance en riant derrière le renne de tête et regarde en bas, tout en bas, le chalet, sa prairie, son étable devenir des petits points sous ses sabots ailés.

Durant toute la nuit, ils survolent les immeubles de grandes villes illuminées, les tentes isolées dans les déserts, les igloos tout ronds des banquises, les cabanes de bois des forêts d’Amérique.

C’est justement en survolant ces grandes forêts de sapins qu’arrive l’impensable. De la pointe de sa cime, un sapin plus grand que tous les autres touche le traîneau, qui tangue légèrement. Sans que personne ne s’en aperçoive, un cadeau chute du traîneau et tombe, tombe dans la forêt noire, pour disparaître entre les branches et atterrir dans la neige, seul et oublié.

Alors que l’obscurité commence à faire place à la lumière du jour, l’équipage arrive enfin à la dernière maison de la Grande Nuit et alors qu’il se baisse pour saisir le dernier cadeau, le Père Noël, incrédule, s’écrie :

« Il n’y a plus de cadeau pour cette petite fille, comment est-ce possible ? »

Pikkoyoul et les rennes se regardent, aussi surpris qu’affolés. Oui, comment est-ce possible ?

Pikkoyoul se retourne vers la petite maison, regarde la petite fille endormie par la fenêtre. Non, il ne veut pas effacer le sourire du visage de cette enfant en lui gâchant son Noël.

Une idée nait alors dans l’esprit de Pikkoyoul. Il en est certain, c’est l’évidence même ! Il faut faire vite, le soleil ne tardera plus à reprendre possession du ciel. Décidé, il s’avance vers le Père Noël :

« Mon bon Père Noël, ne te désespère plus,  je ne sais pas pourquoi ce cadeau n’est plus là, mais je sais comment le remplacer. Cette nuit, j’ai réalisé mon rêve, j’ai eu une belle vie auprès de toi, mais il est aussi temps pour moi de me reposer et de me faire dorloter un peu. Prends ta poudre magique et fais le vœu de me transformer en un bel âne en peluche pour le Noël de cette petite fille. »

« Merci » dit le Père Noël, et c’est là tout ce qu’il peut dire, car les mots restent coincés dans sa gorge nouée d’émotion. Il caresse doucement Pikkoyoul tout en déposant sur lui la poudre magique et prononce son vœu.

Dans un nuage scintillant, Pikkoyoul disparait à ses yeux. A sa place se tient un magnifique âne en peluche que le Père Noël orne d’un beau nœud rouge et se hâte de déposer sous le sapin de la maison.

Le soleil éclaire de ses premiers rayons les yeux de l’enfant, au moment où  le Père Noël jette un dernier regard à son âne puis s’éclipse dans le ciel.

Voici la lettre qu’il reçut quelques jours plus tard.

« Père Noël,

Quand j’ai ouvert les yeux ce matin, je l’ai vu assis sagement dans mes chaussures. Il est si beau, mon petit âne gris, avec ses grandes oreilles poilues, ses grands yeux tendres et son gros nœud rouge au cou. Et il a un grand sourire aussi ; quand je l’embrasse, quand je le caresse, on dirait qu’il sourit plus fort encore.

Merci Père Noël ! »



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Le popotin du lamantin

Lever du soleil sur un petit port paisible, quelque part en Floride. Amarrés aux vieux pontons de bois, des bateaux flottaient en berçant les pélicans venus se reposer là. Quelques palmiers se balançaient doucement près de l’eau tranquille, à la température idéale : toujours à 32° !

Si l’on y regardait de plus près, elle n’était pas si tranquille que ça, cette eau. De temps à autre, quelques chapelets de bulles venaient éclater silencieusement à la surface. Mais qui donc se cachait au fond ?

C’était Mademoiselle Manati, le lamantin, et toute sa famille, qui habitaient là, entre les pontons et les bateaux au repos.

Parfois, des touristes curieux venaient se pencher au-dessus de l’eau pour tenter d’apercevoir un lamantin. Manati s’offrait alors la récréation d’une séance photos.

Dans ses bons jours, elle leur montrait le sommet de sa tête, retroussait ses babines en crachotant et sortait même parfois  un infime bout de queue.

Dans ses mauvais jours, elle leur montrait juste son popotin, qu’elle avait volumineux, pour ne pas dire énoOOOorme !

Son popotin, c’était l’unique ombre à ce si joli tableau. Car, vois-tu , les lamantins ne sont pas vraiment connus pour leur minceur, ce serait même plutôt l’inverse. Ces gros pépères des mers aiment à se laissent balloter au gré des vagues.

Mais revenons à ce popotin ! Manati était effarée par sa taille. Quand elle feuillettait « VAGUE », son magazine préféré, elle enviait aux dauphins, marsouins et autres belugas leurs belles silhouettes fuselées.

Ses soupirs de désespoir faisaient trembler les pontons du petit port !

Et inutile de penser à faire un régime, elle ne se nourrissait que d’herbes sous-marines ! Plus léger, on ne peut pas faire, non ? Et dire qu’elle était la plus mince de sa famille ; sa mère était 2 fois plus grosse qu’elle et son père 3 fois !

La tristesse de ce lamantin qui se lamentait sur la taille lamentable de son popotin faisait peine à voir.

Cette tristesse devenait colère quand Dolfo le dauphin et sa bande déboulaient dans le port. Alors là, tous aux abris, les lamantins ! Les fougueux dauphins les prenaient alors pour des bouées bien rebondies et sautaient, tournaient, pirouettaient et caracolaient entre les lamantins impassibles. Seule Manati bouillait de colère et Dolfo, rien que pour elle, redoublait de moqueries :

« Alors, Manat’, tu es avec une copine ? Ah, non ! Désolé, c’est juste ton popotin, il est tellement gros ! »

Ou alors :

« Tiens, aujourd’hui, je tente de battre un record de vitesse : faire le tour de Manati en moins de 5 minutes ! »

Dépitée et honteuse d’être ainsi la risée des dauphins, Manati se cachait derrière ses parents pour pleurer.

Or, un matin qu’elle finissait son tour de baie quotidien (et tout ça pour perdre 1 gramme de graisse !), Manati perçut un cri strident, assez lointain. En s’approchant de la dangereuse Crique des Mangroves (ces arbres dont les racines sont en partie sous l’eau), le cri devint bien plus net. Et au détour d’un rocher, elle vit Dolfo prisonnier des racines d’une mangrove !

Ce malin de dauphin avait encore dû se livrer à quelques périlleuses acrobaties. Mais cette fois, il était réellement en danger car l’air allait bientôt lui manquer et ses copains dauphins, désemparés, se lamentaient autour de lui.

Manati s’approcha alors sans dire un mot et son regard croisa celui de Dolfo. Oui, elle allait l’aider, malgré tout ce qu’il avait pu dire, oubliées ses vilaines plaisanteries, il allait voir à présent, ce dauphin, de quel bois se chauffait Manati !

Elle n’eut pas besoin de s’y reprendre à plusieurs fois. D’un phénoménal coup de popotin, Manati brisa les racines qui encerclaient Dolfo.

Libre, il remonta respirer à la surface et replongea aussitôt voir Manati. Elle était déjà entourée d’une foule de dauphins reconnaissants, de tortues enthousiastes et surtout, de crabes-reporters de chez VAGUE qui se bousculaient des pinces pour l’interviewer.

Honteux de tout ce qu’il avait pu dire à Manati, il se tenait devant elle bien silencieux à présent. Car ce popotin dont il avait tellement ri, il lui devait finalement la vie !

« Demande-moi ce que tu veux, Manati, je suis ton dévoué serviteur » bredouilla-t-il.

Manati réfléchit un instant puis, d’un air malicieux, chuchota quelque chose à Dolfo qui ouvrit de grands yeux surpris.

« D’accord », lui dit-il, « Les leçons commencent demain, je t’attendrai près du pont. »

Quelques mois plus tard, quelle ne fut pas la surprise des habitants du port de voir Manati faire des ronds parfaits dans l’eau, sortir la queue totalement hors de l’eau, esquisser un début de saut et, en se cabrant, montrer ce fameux popotin dont elle était si fière désormais.

Et une pirouette et un plongeon  !!!

Des scientifiques très intelligents et très érudits vinrent du monde entier observer Manati. Ils se grattaient beaucoup la tête, nettoyaient sans cesse leurs lunettes, consultaient leurs tablettes, tapaient sur leurs calculettes, mais finalement se trouvaient bien bêtes :

« Comment fait-t-il ce lamantin, avec un tel popotin ? »

« Ah ! mais ça, se prendrait-il pour un dauphin ? »

Ils n’ont pas tout à fait tort, vous et moi savons pourquoi…

 

Un peu d’informations sur Manati et ses copains lamantins, veux-tu ?

Les lamantins ont beau ne pas ressembler à l’image que l’on se fait d’une sirène, et bien figure toi qu’ils sont à l’origine de la légende des sirènes !  Il y a très longtemps, les marins prenaient les lamantins pour des sirènes, par temps de brouillard sûrement, peut-être à cause de leur chant (qu’on appelait lamentation), et éventuellement à cause de leur silhouette presque humaine quand les mamans lamantins tiennent dans leurs nageoires leur bébé.

Bref, toujours est-il que Christophe Colomb lui-même a été le premier à décrire les lamantins-sirènes et s’est surpris de ne pas les trouver si jolis que ça ! Cette légende tient aussi ses racines dans le fait que les lamantins sont de l’ordre des Sirenia dans la classification des animaux marins.

Une vie de lamantin, c’est nager, manger (des algues et herbes), se câliner. Ils vivent dans des eaux calmes et chaudes. En Floride, l’hiver, quand la température des eaux avoisine plutôt les 18-20 degrés, les lamantins migrent près des eaux de rejet des usines thermiques de la région. Ainsi, près de Fort Myers en Floride (côte ouest dans le golfe du Mexique), on a dénombré une fois près de 300 !

Quand je vous disais que Manati a un gros popotin, voici quelques mensurations :

– A la naissance, un bébé lamantin pèse entre 27 et 30 kilos et mesure entre 1,20 et 1,40m (soit le poids et la taille d’enfants entre 6 et 8 ans).

–  Ensuite, les adultes pèsent en moyenne entre 350 et 550 kilos et mesurent 3 mètres. Mais ils peuvent aller jusqu’à 1500 kilos et 4 mètres !!! ça fait beaucoup d’algues pour  se nourrir (jusqu’à 50 kilos par jour !).

Les lamantins sont si passifs que les algues arrivent même à pousser sur leur dos ! (Regarde le bébé sur la photo). Ça ne semble pas les déranger ; au contraire les algues les protègent très bien des rayons nocifs du soleil. La prochaine fois que tu vas à la plage, tu vois ce qu’il faut faire pour protéger le dos de Papa qui est étalé sur sa serviette !!!


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Le vol du kiwi

Imagine toi…

Un pays très lointain, si lointain qu’il te faut – en avion – 2 jours et 1 dodo de nuit pour y aller,

Un pays aux 1000 paysages tellement la nature y est belle et sauvage,

Un pays où les habitants sont moins nombreux que les moutons,

Un pays où poussent les kiwis les plus juteux du monde,

Un pays où vivent les SEULS KIWIS au MONDE !!!

Je te présente : KOKI le KIWI

Car Koki est bien un kiwi.

Mais non, pas celui que tu manges au petit déjeuner !

Celui qui a des pattes, des plumes et un long bec fin, un oiseau donc.

Très rare, presque si rare qu’il en reste moins que les doigts d’une main sur toute la planète.

Le plus étrange est que Koki le kiwi est le seul oiseau au monde qui NE VOLE PAS. Il a bien deux ailes, mais on dirait qu’ellles ont oublié de grandir, ces deux-là.

Elles sont :

MICROSCOPIQUES

LILLIPUTIENNES

MINUSCULES

RABOUGRIES

RIQUIQUI

Avec des ailes comme celles-là, jamais Koki ne volera.

Et pourtant, il rêve de voler, de voir le monde d’en haut, d’être parmi les oiseaux les plus rapides au monde et peut-être d’intégrer un jour l’escadron des TOP BIRDS !

Koki a un ami fidèle, TOROA l’albatros.

Tu sais, ce grand oiseau blanc à l’envol laborieux, au vol majestueux et à l’atterrissage calamiteux.

Toroa a ce que Koki n’aura jamais, des ailes :

DISPROPORTIONNEES

GIGANTESQUES

IMMENSES

MAOUSSES

GEANTES

Avoir un albatros comme ami quand on est un kiwi comporte quelques avantages.

Toroa raconte à Koki ce qu’il y a au-delà de sa forêt natale que Koki n’a jamais quittée.

Il lui dit combien leur pays est beau, il lui décrit les hautes montagnes, les fjords, les étrangetés de leurs pays comme  les pancakes rocks (rochers-crêpes),  si appétissants que Koki se les imagine ainsi :

… ce qui tout bien considéré n’est pas si éloigné de la réalité !

Ou bien encore ces rochers parfaitement ronds (The Moeraki Boulders), gros comme des voitures, échoués par dizaines sur cette grande plage de sable blanc. Koki s’imagine toujours qu’un géant a peut-être perdu là quelques billes un jour, il y a longtemps…

Il lui raconte les collines si vertes, les arbres torturés et tordus par les vents, les baleines voguant près des iceberg, les dauphins dans les criques paradisiaques, les volcans crachant cendres et vapeurs, et puis aussi les millions de moutons, accrochés au paysage comme autant de petits nuages.

Bien sûr, en bon ami qu’il est, Toroa a 1000 fois tenté d’apprendre à voler à Koki. Mais 1000 fois, les tentatives furent vouées à l’échec.

Alors parfois, Toroa pose Koki entre ses deux immenses ailes et reste là, les ailes écartées, simulant un vol mais au sol, tandis que son ami ferme les yeux et s’envole pour de bon.

Et puis, un jour, IL est arrivé, celui que l’on redoute et que  l’on craint là-bas dans ce pays, le GRAND tremblement de terre (The Big One). Cette terre si belle s’est mise à trembler très fort dans la forêt de Koki. Le volcan qui la domine est entré dans une terrible colère, le faisant gronder et cracher poussières et vapeurs brûlantes. Puis la lave est arrivée, rivière incandescente coulant vers la maison de Koki.

Que faire ? Fuir bien sûr, mais avec ses pattes courtes et sans ailes, Koki n’irait pas assez vite. Les autres animaux s’enfuyaient mais Koki restait là, paralysé par la peur.

Soudain, surgissant du rideau de cendres, Toroa est apparu à Koki.

« Viens, » lui cria t-il, « Viens sur mon dos, entre mes ailes, comme dans nos jeux ! »

Koki sauta sans réfléchir sur le dos de son ami, alors même que la lave arrivait à ses pattes.

Quand Toroa décolla, la forêt n’était plus que flammes.

Koki lui n’entendait  plus rien, ne voyait plus rien, car… IL VOLAIT ! Enfin !

Ses plumes s’agitaient dans le vent, même ses minuscules ailes semblaient se réveiller. Il respirait cet air pur des hauteurs du ciel. Alors que sa maison brûlait, que sa forêt disparaissait, Koki était heureux.

Toroa vola longtemps, très longtemps. Ils survolèrent des océans, des mers, des déserts arides, des montagnes blanches et des villes lumineuses.

Ils cherchaient l’endroit idéal pour recommencer une nouvelle vie, se poser quelque part où la forêt serait si dense que Koki pourrait y vivre caché sans être jamais découvert. Quant à Toroa, il avait besoin de la mer pour ses longs vols solitaires en mer.

Après des semaines de voyage, ils survolèrent un beau matin de printemps une belle forêt bien verte, dense et toute proche de la mer, dans un climat doux et humide qui leur rappelait leur terre natale.

D’un coup d’aile, Toroa  plongea vers cette  terre inconnue qui les abriterait dorénavant, Koki et lui.

Je sais, moi, où ils ont atterri… près de chez moi, en Bretagne dans la forêt de Brocéliande, une forêt de légendes les plus folles ; on murmure que d’étranges animaux s’y promènent parfois dans la  nuit noire ; les gens d’ici parlent d’un oiseau géant blanc aux ailes immenses et d’un petit animal gris, une sorte d’oiseau au long bec mais sans ailes.

« Des créatures magiques, pour sûr ! »… « Sûrement pas des animaux de chez nous ! » … « Je n’en ai jamais vu de pareil par ici ! »

Ils n’ont pas tout à fait tort… Vous et moi savons pourquoi !

 

Un peu d’information sur Koki et ses copains kiwis, veux-tu ?

Le kiwi (du maori kiwi, en latin Apteryx Australis, mais c’est moins rigolo que kiwi !) habite les forêts denses et luxuriantes de la Nouvelle-Zélande. Il n’est pas grand (de 45 à 60 cm) et son plumage brun ressemble davantage à des cheveux mal brossés qu’à de belles plumes bien lisses ! On dit que le cri du mâle ferait « Ki-oui », d’où son petit nom actuel ! Les Maori (peuple indigène de Nouvelle-Zélande) le vénèrent et une légende raconte ainsi comment il a perdu ses ailes.

Le Roi de la Forêt regardait pousser ses enfants les arbres, mais il se rendit compte que des parasites attaquaient leurs racines. Il réunit alors tous les oiseaux de la forêt et leur dit que les arbres étaient menacés, et qu’il fallait que l’un d’entre eux accepte de renoncer à ses ailes pour défendre les arbres en mangeant les parasites. A tous les oiseaux auxquels il demandait, le roi de la forêt essuyait un refus : celui-ci a peur de l’obscurité sous les arbres, cet autre a un nid à construire, celui-là n’aime pas avoir les pattes mouillées… Ils trouvaient tous une bonne excuse. Sauf Kiwi , qui, courageusement, accepta de renoncer au ciel bleu pour sauver son habitat et celui de sa famille. Pour le remercier de son sacrifice, le Roi de la Forêt fit de lui l’oiseau le plus aimé de Nouvelle-Zélande.

Contrairement à tous les autres oiseaux du monde, le kiwi a une vue médiocre mais un odorat exceptionnel : ses narines sont situées tout au bout de son long bec, ainsi que des vibrisses, sorte de moustaches, qui lui permettent de sentir ses proies. C’est grâce à ce long bec justement qu’ il farfouille la nuit le sol et les feuilles pour manger larves, insectes, vers et autres « délicieusetés ».

Un autre exception : monsieur et madame Kiwi vivent en couple, mais la femelle, dominatrice est deux fois plus grande que le mâle et c’est le mâle qui couve l’œuf pendant 80 jours. Autre étrangeté : l’œuf ! Il et très gros pour la taille du kiwi , 20% de sa taille, (2%pour celui de l’autruche), pas pratique pour couver, petit monsieur kiwi !  Moi, ce drôle d’oiseau me fascine, et je l’aime aussi parce qu’il me permet de placer mon « w » et mon « k » en un mot au Scrabble !

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