Le popotin du lamantin

Lever du soleil sur un petit port paisible, quelque part en Floride. Amarrés aux vieux pontons de bois, des bateaux flottaient en berçant les pélicans venus se reposer là. Quelques palmiers se balançaient doucement près de l’eau tranquille, à la température idéale : toujours à 32° !

Si l’on y regardait de plus près, elle n’était pas si tranquille que ça, cette eau. De temps à autre, quelques chapelets de bulles venaient éclater silencieusement à la surface. Mais qui donc se cachait au fond ?

C’était Mademoiselle Manati, le lamantin, et toute sa famille, qui habitaient là, entre les pontons et les bateaux au repos.

Parfois, des touristes curieux venaient se pencher au-dessus de l’eau pour tenter d’apercevoir un lamantin. Manati s’offrait alors la récréation d’une séance photos.

Dans ses bons jours, elle leur montrait le sommet de sa tête, retroussait ses babines en crachotant et sortait même parfois  un infime bout de queue.

Dans ses mauvais jours, elle leur montrait juste son popotin, qu’elle avait volumineux, pour ne pas dire énoOOOorme !

Son popotin, c’était l’unique ombre à ce si joli tableau. Car, vois-tu , les lamantins ne sont pas vraiment connus pour leur minceur, ce serait même plutôt l’inverse. Ces gros pépères des mers aiment à se laissent balloter au gré des vagues.

Mais revenons à ce popotin ! Manati était effarée par sa taille. Quand elle feuillettait « VAGUE », son magazine préféré, elle enviait aux dauphins, marsouins et autres belugas leurs belles silhouettes fuselées.

Ses soupirs de désespoir faisaient trembler les pontons du petit port !

Et inutile de penser à faire un régime, elle ne se nourrissait que d’herbes sous-marines ! Plus léger, on ne peut pas faire, non ? Et dire qu’elle était la plus mince de sa famille ; sa mère était 2 fois plus grosse qu’elle et son père 3 fois !

La tristesse de ce lamantin qui se lamentait sur la taille lamentable de son popotin faisait peine à voir.

Cette tristesse devenait colère quand Dolfo le dauphin et sa bande déboulaient dans le port. Alors là, tous aux abris, les lamantins ! Les fougueux dauphins les prenaient alors pour des bouées bien rebondies et sautaient, tournaient, pirouettaient et caracolaient entre les lamantins impassibles. Seule Manati bouillait de colère et Dolfo, rien que pour elle, redoublait de moqueries :

« Alors, Manat’, tu es avec une copine ? Ah, non ! Désolé, c’est juste ton popotin, il est tellement gros ! »

Ou alors :

« Tiens, aujourd’hui, je tente de battre un record de vitesse : faire le tour de Manati en moins de 5 minutes ! »

Dépitée et honteuse d’être ainsi la risée des dauphins, Manati se cachait derrière ses parents pour pleurer.

Or, un matin qu’elle finissait son tour de baie quotidien (et tout ça pour perdre 1 gramme de graisse !), Manati perçut un cri strident, assez lointain. En s’approchant de la dangereuse Crique des Mangroves (ces arbres dont les racines sont en partie sous l’eau), le cri devint bien plus net. Et au détour d’un rocher, elle vit Dolfo prisonnier des racines d’une mangrove !

Ce malin de dauphin avait encore dû se livrer à quelques périlleuses acrobaties. Mais cette fois, il était réellement en danger car l’air allait bientôt lui manquer et ses copains dauphins, désemparés, se lamentaient autour de lui.

Manati s’approcha alors sans dire un mot et son regard croisa celui de Dolfo. Oui, elle allait l’aider, malgré tout ce qu’il avait pu dire, oubliées ses vilaines plaisanteries, il allait voir à présent, ce dauphin, de quel bois se chauffait Manati !

Elle n’eut pas besoin de s’y reprendre à plusieurs fois. D’un phénoménal coup de popotin, Manati brisa les racines qui encerclaient Dolfo.

Libre, il remonta respirer à la surface et replongea aussitôt voir Manati. Elle était déjà entourée d’une foule de dauphins reconnaissants, de tortues enthousiastes et surtout, de crabes-reporters de chez VAGUE qui se bousculaient des pinces pour l’interviewer.

Honteux de tout ce qu’il avait pu dire à Manati, il se tenait devant elle bien silencieux à présent. Car ce popotin dont il avait tellement ri, il lui devait finalement la vie !

« Demande-moi ce que tu veux, Manati, je suis ton dévoué serviteur » bredouilla-t-il.

Manati réfléchit un instant puis, d’un air malicieux, chuchota quelque chose à Dolfo qui ouvrit de grands yeux surpris.

« D’accord », lui dit-il, « Les leçons commencent demain, je t’attendrai près du pont. »

Quelques mois plus tard, quelle ne fut pas la surprise des habitants du port de voir Manati faire des ronds parfaits dans l’eau, sortir la queue totalement hors de l’eau, esquisser un début de saut et, en se cabrant, montrer ce fameux popotin dont elle était si fière désormais.

Et une pirouette et un plongeon  !!!

Des scientifiques très intelligents et très érudits vinrent du monde entier observer Manati. Ils se grattaient beaucoup la tête, nettoyaient sans cesse leurs lunettes, consultaient leurs tablettes, tapaient sur leurs calculettes, mais finalement se trouvaient bien bêtes :

« Comment fait-t-il ce lamantin, avec un tel popotin ? »

« Ah ! mais ça, se prendrait-il pour un dauphin ? »

Ils n’ont pas tout à fait tort, vous et moi savons pourquoi…

 

Un peu d’informations sur Manati et ses copains lamantins, veux-tu ?

Les lamantins ont beau ne pas ressembler à l’image que l’on se fait d’une sirène, et bien figure toi qu’ils sont à l’origine de la légende des sirènes !  Il y a très longtemps, les marins prenaient les lamantins pour des sirènes, par temps de brouillard sûrement, peut-être à cause de leur chant (qu’on appelait lamentation), et éventuellement à cause de leur silhouette presque humaine quand les mamans lamantins tiennent dans leurs nageoires leur bébé.

Bref, toujours est-il que Christophe Colomb lui-même a été le premier à décrire les lamantins-sirènes et s’est surpris de ne pas les trouver si jolis que ça ! Cette légende tient aussi ses racines dans le fait que les lamantins sont de l’ordre des Sirenia dans la classification des animaux marins.

Une vie de lamantin, c’est nager, manger (des algues et herbes), se câliner. Ils vivent dans des eaux calmes et chaudes. En Floride, l’hiver, quand la température des eaux avoisine plutôt les 18-20 degrés, les lamantins migrent près des eaux de rejet des usines thermiques de la région. Ainsi, près de Fort Myers en Floride (côte ouest dans le golfe du Mexique), on a dénombré une fois près de 300 !

Quand je vous disais que Manati a un gros popotin, voici quelques mensurations :

– A la naissance, un bébé lamantin pèse entre 27 et 30 kilos et mesure entre 1,20 et 1,40m (soit le poids et la taille d’enfants entre 6 et 8 ans).

–  Ensuite, les adultes pèsent en moyenne entre 350 et 550 kilos et mesurent 3 mètres. Mais ils peuvent aller jusqu’à 1500 kilos et 4 mètres !!! ça fait beaucoup d’algues pour  se nourrir (jusqu’à 50 kilos par jour !).

Les lamantins sont si passifs que les algues arrivent même à pousser sur leur dos ! (Regarde le bébé sur la photo). Ça ne semble pas les déranger ; au contraire les algues les protègent très bien des rayons nocifs du soleil. La prochaine fois que tu vas à la plage, tu vois ce qu’il faut faire pour protéger le dos de Papa qui est étalé sur sa serviette !!!


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About Pepee

Pascale Marbot aka Pépée... Illustratrice, shiatsu-shi et yogini, j’inspire, j’expire... et colorie la vie avec énergie. wwww.pepeeillustratricesolaire.com ou www.casashiatsu.com
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4 Responses to Le popotin du lamantin

  1. leborgne dit :

    Cest formidable! continue!

  2. Ping: Manati ? Ben t’es qui ? | Ma Net Attitude

  3. EMILIA dit :

    Gaelle j’ai enfin lu « le popotin du lamantin »…très sympa!! continu Emilia

  4. la voisine pas commode dit :

    belle petite morale!

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