L’opossum à lunettes

La vie d’un opossum n’est pas drôle.

Une vie en noir et gris, sans couleurs, sans odeurs, sans fantaisie.

Une vie dans la nuit pour protéger leurs grands yeux fragiles, car le moindre rai de lumière les aveugle et les paralyse.

Alors ils ne sortent que la nuit, là au moins pas d’éblouissement possible… enfin presque.

Car il y a sur le Grand Chemin Noir les monstres en fer au regard aveuglant, à l’odeur nauséabonde.

Ils arrivent à toute allure, et une chance qu’ils soient aussi très bruyants, ça donne le temps aux opossums de fuir.

C’est près de cet endroit dangereux, à l’orée de la forêt des Fougères Géantes que vivaient Possi l’opossum et sa tribu.

1000 fois la maman de Possi lui avait interdit d’aller sur le Grand Chemin Noir, mais cette nuit-là, Possi était bien décidé à braver l’interdiction pour satisfaire sa gourmandise : il avait repéré de l’autre côté du Grand Chemin Noir un arbre couvert de kakis bien mûrs, son plat favori.

Si Possi avait su alors que quelques kakis allaient changer sa vie pour toujours…

Alors qu’il traversait le Grand Chemin Noir, le monstre surgit. Tout à son futur festin, Possi ne l’entendit pas arriver.

Le regard de feu du monstre aveugla Possi, mais dans un réflexe, il se jeta sur le bord de la route ; le monstre, quant à lui, fit un écart pour éviter Possi.

Se faisant, le monstre perdit quelque chose qu’il avait sur son dos, une sorte de gros cube marron.

Mais il ne sembla pas y prêter attention et continua sa route en grognant.

Possi et le gros cube dévalèrent le ravin en un beau roulé-boulé pour atterrir en bas (plaf !) dans une flaque de vase.

Le gros cube s’écrasa à côté de Possi, qui n’eut que le temps de sentir quelque chose lui tomber sur le museau avant de s’évanouir.

Quand Possi se réveilla, il était tout endolori par sa chute et son petit museau lui semblait peser une tonne. Les oiseaux chantaient autour de lui et il sentait le soleil lui chauffer le poil… le…. quoi ??? Le soleil ??

Mais quelle heure était-il donc ?? Comme ses parents devaient être inquiets !

Alors dans un immense effort, il entrouvrit un œil et là, surprise, pas d’éblouissement !

Il ouvrit l’œil plus grand encore, toujours rien.

Ce que Possi ne savait pas, c’est que le monstre en fer n’était autre qu’un camion de livraison, et le cube, un carton empli de lunettes de soleil. La chose qui avait atterri sur son museau n’était donc qu’une paire de lunettes de soleil, des Ran-Bay pour être précis, les meilleures protections que l’homme avait inventées pour protéger ses yeux du soleil !

Possi sentit les lunettes sur son museau et les ajusta correctement devant ses yeux : ça alors ! Ces petites plaquettes noires lui permettaient de voir même le jour et même en plein soleil.

Possi regarda près de lui et vit toutes les autres plaquettes noires éparpillées au sol, des dizaines et des dizaines, de quoi fournir toute sa tribu ! Quelle vie s’offrait à eux avec ces plaquettes magiques !

Tout à fait remis de ses émotions et excité par sa découverte, Possi rentra très vite chez lui. Ses parents, ses amis, inquiets, l’attendaient dans le terrier principal et l’accueillirent à grands cris quand il entra, ses lunettes sur le museau. Assailli de questions, Possi expliqua tout : les kakis, le monstre de fer, sa chute, les plaquettes magiques.

Son plan était simple : la nuit suivante, ils iraient tous à la flaque là où étaient les plaquettes et tous se les mettraient sur le museau. Et alors, ils verraient ce qu’ils verraient, foi de Possi !

En un clin d’œil, on mit au point les détails et tout fût prêt le soir même pour l’expédition. Comme Possi pouvait traverser sans crainte grâce aux lunettes, il fit prudemment traverser le Grand Chemin Noir aux opossums. Puis, arrivé à la flaque, chacun prit une paire de Ran Bay et rentra vite se coucher : demain serait une grande journée pour les opossums de la tribu.

Aux premiers rayons du soleil le lendemain, les opossums mirent sur leurs museaux leurs plaquettes magiques comme Possi leur indiquait…

Des cris de joie et de surprises s’élevèrent, ils dansaient, ils s’embrassaient de bonheur, une nouvelle vie dans la lumière commençait aujourd’hui.

Quel feu d’artifice de couleurs pour leurs yeux habitués au gris !

Que l’herbe était verte !

Que les feuilles plus tendres quand elles luisaient au soleil !

Même les kakis leur semblaient plus exquis encore maintenant qu’ils les voyaient de leur bel orangé !

Le moindre papillon, la plus petite coccinelle leur apparaissait comme la merveille des merveilles.

Et les parfums des fleurs à leur réveil la nuit, elles l’emprisonnent dans leurs pétales, mais le jour… Quel enchantement pour leurs petites narines !

Tout était sujet à émerveillement et ils découvraient, heureux, les beautés que le noir de la nuit leur avaient jusqu’à lors masquées.

Puis, grâce à leurs lunettes, ils s’engaillardirent davantage et explorèrent les territoires plus éloignés de leur tribu, arrivant dans les territoires des hommes.

Contre toute attente, les opossums à lunettes adorèrent ce qu’ils découvrirent là-bas.

Qui passaient leurs journées sur les balançoires et les toboggans du parc ? Les opossums à lunettes !

Qui se prélassaient sur les pontons du port, le poil roussi par tant de soleil ? Les opossums à lunettes !

Qui sautaient sur les barques du lac au milieu des cygnes ? Les opossums à lunettes !

Qui chipaient les bonbons du marchand quand il avait le dos tourné ? Les opossums à lunettes, partout , encore et encore eux , les opossums à lunettes !

Or, un soir qu’il se promenait près de la mairie du village, Possi entendit des hommes en colère parler entre eux.

Il les écouta en se faisant très discret.

« Ils font peur aux mouettes et aux pélicans à se prélasser toute la journée sur les pontons »

« Les enfants ne peuvent plus faire de balançoire ou de toboggan, ils y sont du matin au soir »

« Les cygnes du lac sont partis, effrayés par leurs cris sur les barques ! »

« Mon stock de bonbons disparait bizarrement quand ils sont autour de mon étal ! »

Possi comprit alors que les hommes en colère parlaient d’eux, les opossums à lunettes.

« Chassons-les ! »

« Exterminons-les ! »

« Il faut s’en débarrasser au plus vite ! »

Sans en écouter davantage, Possi s’enfuit chercher son ami Kakapo, le perroquet de la nuit.

Kakapo saurait le conseiller, car il était connu pour son savoir sur les hommes.

Kakapo écouta gravement Possi lui rapportant les propos que les hommes avaient tenus, puis il dit à Possi : « Fuyez, ta tribu et toi. MAINTENANT ! Les hommes en colère sont redoutables. Va chercher tes parents, tes amis et retrouvez-moi à la Plage de Sable Noir ce soir à minuit. »

Aussitôt, Possi courut à la tribu et rassembla tous les opossums pour leur expliquer le danger qui les menaçait et leur départ imminent.

Ce fut une belle pagaille, les uns courant ici, les autres par là, ceux là perdant leurs lunettes dans la cohue !

La crainte des hommes était grande parmi les opossums et le message était clair : ils étaient devenus indésirables dans les environs.

A minuit, à la clarté de la pleine lune, une agitation extraordinaire régnait sur la Plage de Sable Noir : des dizaines d’opossums, inquiets et agglutinés les uns aux autres, attendaient sur le sable.

Lorsqu’arriva Kakapo, les voyant tous réunis, il poussa un cri strident qui fit hérisser le poil de tous les opossums présents.

Soudain, la mer elle aussi se hérissa, un clapot sonore s’éleva dans la nuit, des vagues se formèrent.

Fendant les flots à toute vitesse, des dizaines de dauphins s’alignèrent devant les opossums.

Alors Kakapo parla : « Votre salut, mes amis, est dans l’Ile de la Lune. L’île vogue au gré des marées et des océans, et n’apparait que les soirs de pleine lune. Sur elle, vous serez en sécurité ; les hommes en colère ne pourront plus rien contre vous. Les dauphins vont vous y emmener, montez sur leur dos et pressez vous, l’île commence à apparaître ! »

En effet, déchirant le voile de brume du bord de la plage, des fougères géantes, des kakis couverts de fruits, des plages de sable fin apparurent aux yeux des opossums.

Sans plus attendre, ils enfourchèrent les dauphins et une chevauchée incroyable commença à travers les vagues vers l’île magique.

Une fois Possi arrivé sur l’île, il n’eut que le temps de saluer son ami Kakapo avant que l’île ne s’efface à nouveau dans la nuit brumeuse.

Le lendemain matin, quand les hommes en colère arrivèrent là où habituellement vivait la tribu d’opossums, ils ne trouvèrent que des terriers vides, et bizarrement, deux paires de lunettes de soleil.

Leur colère disparut et tout redevint comme avant.

Quant à Possi et sa tribu, ils voguent depuis, heureux sur l’île de la Lune, sans soucis, sans craintes, mais toujours lunettes au museau, car ils n’avaient pu se résoudre à abandonner les beautés que les lunettes leur avaient révélées.

Les soirs de pleine lune, ils peuvent apparaître soit dans une crique d’Asie, soit dans une baie de Bretagne, ou même dans le port d’une métropole américaine.

L’on dit même que seuls ceux qui ont gardé leurs yeux d’enfant peuvent espérer les apercevoir sur leur île, sous l’œil bienveillant de la lune ronde.

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About Pepee

Pascale Marbot aka Pépée... Illustratrice, shiatsu-shi et yogini, j’inspire, j’expire... et colorie la vie avec énergie. wwww.pepeeillustratricesolaire.com ou www.casashiatsu.com
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12 Responses to L’opossum à lunettes

  1. Ping: Voici Possi, l’opossum à lunettes… | Ma Net Attitude

  2. Lina LIEBAUT dit :

    J’ai interrompu ma séance café ; j’ai lu et beaucoup apprécié l’histoire (où puis-je trouver
    ces lunettes ? !…), les illustrations sont ravissantes (couleurs sublimes).
    Tant pis pour le café qui est froid. Je fais suivre pour partager ce petit bonheur.
    Mamie Lina

  3. la voisine pas commode dit :

    encore une fois:bravo les filles!,je devais juste jeter un petit coup d’oeil avant d’aller travailler,mais,j’ai été prise au piège!une trentaine de transferts a aussitôt suivi.a très bientôt sur le sîte!bisous

  4. la chifonnière à la sauce tomate dit :

    BRAVO pour vos idées si un jour vos comptes viennent à se poser sur plusieurs bout de papier je serai ravie dans voir la couleur dans les mains de ma fille trop petite pour jouer à la souris mais adore toucher regarder retourner jouer comme un vrai petit chat

  5. nanard47 dit :

    coucou!. ici la voisine pas commode qui initie nanard47,à la visite de votre site .comme vous pouvez le constater il y a parfois des idées originales dans la famille »la chiffonnière… »allez je laisse à nanard le plaisir de la découverte des contes et des dessins!bisous les filles!

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